Ellie Chartier.

Ode au vieux sofa

Il fut un temps, dans une autre vie, on s’encastrait tous dans ce sofa. Maman à un bout, papa à l’autre et nous au milieu, posés comme des œufs dans un carton.
Il y a un trou dans le tissu.
J’y fouille du doigt, pour sentir ce qu’il reste à l’intérieur, d’y tâter le cœur. Mais attends — c’est peut-être la brûlure d’une première cigarette éteinte dans la hâte de se faire prendre.
J’ai détesté cette couleur, le motif imprimé, création d’un designer suédois à moitié fou : Terre de Sienne, Ocre, Ypérite. Un mélange qui cache les taches de moutarde.
Un jour, tout devient trop petit et rien ne fitte plus… Le vieux sofa gémit quand on s’assoit dessus, des morceaux de kapok, du rembourrage s’échappent comme des souvenirs qui s’enfoncent dans le passé Alzheimer.
Oui, on s’y entasse encore, mais la boîte s’est ouverte et des œufs sont tombés.
Assez de sensiblerie,
Il y a un temps pour tout.
Maintenant, il faut jeter
le vieux sofa à la rue.

François Pascal.

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