LIMINAIRE. Fascicule de poésie utile

Par Paul Bossé

La revue acadienne de création littéraire Ancrages a vu le jour en 2004, un produit pâte et papier qui occupait une superficie de 14 cm par 19 cm sur une étagère. Dans les années dix, elle a fait le switch vers l’électronique, devient une revue uniquement web. Quatre numéros par année.

Aujourd’hui, en plein été 2026, la revue saisit sa chance de se glisser à nouveau dans le quotidien matérialiste, déverser de la vraie encre sur une page réelle, afin de vous offrir son 47e numéro : Fascicule de poésie utile, un cahier (pub)littéraire, admirablement illustré par l’artiste Alexia Frenette.

Il s’inspire du Cercle de poésie de la Stasi est-allemande, groupe dont tous les adhérents œuvraient pour la ténébreuse police d’État. Les participants se rencontraient chaque mois et discutaient de concepts kinda fascinants : « le bon poème comme modèle miniature d’une bonne société »; ou bedon : « au lieu de passivement prendre des notes sur les conditions sociales, la littérature devrait plutôt les façonner ».

Il est probable que le Cercle surestimait la valeur de transformation sociale de la poésie, et si oui, tant mieux. Quand la Stasi était active, c’était dans les années 50, 60, 70, début 80. La Guerre froide.

Le bloc de l’Est. Le communisme. L’économie étatisée. De notre perchoir du 21e siècle, tout ça, c’est préhistorique. On sait tous que l’avenir ne commence qu’en 2007, avec l’apparition du iPhone, ce farfadet perturbateur.

À l’instar de la Stasi, nous avons initié notre propre Cercle de poésie : huit talents de deux continents allant à l’essence de la fabrication, ces écrits explorant l’idéologie dominante de notre société occidentale : le consumérisme.

« Le fétichisme de la marchandise », avec son ™tradeMarx.

En lisant ces textes, n’oubliez pas qu’aimer la poésie, c’est loin d’être inutile.

(Rendez-vous sur notre site web, ancrages.ca, pour l’ensemble des textes complets et des illustrations, ainsi que les versions audios des poèmes. Et pis, plein de goodies publiés au fil des 46 précédents numéros.)

Ellie Chartier.

Divorce

Qui gardera le « toaster » ?
On l’a choisi, payé, déménagé à deux.
On l’aime tous les deux.
Rouge à larges fentes- même une toast faite avec une baguette ne reste pas coincée, ne bloque pas jusqu’au charbon, jusqu’au début d’incendie.
Je le veux, tu le veux.
On le veut tous les deux.
Une garde partagée? Pas question que ta nouvelle pitoune toastée après vos nuits d’amour, assouvisse son envie de pain rôti avec lui.
Demain, j’engage un avocat.

François Pascal.

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les déserts, donne aux mers mortes mille couleurs
– de quoi remettre au monde un peu d’honnêteté.