Les récoltes d'huîtres dans certaines baies du sud-est de la province sont bien loin de celles de cette photo d'archives.
La présence des maladies communément appelées MSX et Dermo dans les eaux au sud du Nouveau-Brunswick occasionne une saison difficile pour les producteurs d’huitres de cette région. Ces maladies animales aquatiques sont sans danger pour la santé humaine et la salubrité des aliments, mais elles entrainent une augmentation de la mortalité des huitres et une diminution de leur taux de croissance.
Le producteur Charles Maillet, propriétaire de la Ferme Cocagne Aquaculture, a ainsi connu des pertes de 95 pour cent de sa récolte habituelle. « Je n’ai plus de revenu qui rentre, donc je n’ai rien pour payer les dépenses », souligne-t-il.
Un programme d’aide gouvernemental a contribué au salaire de cinq employés qui ont trié les huitres pour extraire les quelques survivantes, mais il doit développer des options plus à long terme. Pour son écloserie, il s’est procuré des huitres adultes du Cap-Breton où ces maladies sont présentes depuis quelques années. En théorie, ces huitres pourront produire des naissains qui résistent aux maladies MSX et Dermo et également à la Malpèque, une autre maladie commune dans la région. « Je vais les faire pondre à la fin de l’hiver et tôt ce printemps pour avoir des bébés que je vais soigner jusqu’à ce qu’ils soient prêts à aller dans l’eau. On verra probablement juste leur résistance dans la deuxième ou troisième année », avance-t-il avec un soupir.
En attendant, il a acheté des huitres du Maine qu’il pourra seulement récolter à maturité en 2028 en espérant qu’elles résisteront également à la Malpèque.

Une lueur d’espoir

Martin Mallet est biologiste et copropriétaire des Huitres Mallet à Shippagan et il mène des travaux pour développer une souche d’huitre locale qui résiste à ces maladies. « Depuis la découverte du MSX dans nos eaux, nous avons pris nos familles d’huitres et les avons mises dans des zones où il y a beaucoup de MSX pour connaitre les différents taux de survie entre les familles », explique-t-il.
Après un seul hiver dans l’eau, ces huitres tests ont eu un taux de mortalité de 99 pour cent. « Mais les huitres qui ont survécu se ressemblent sur le plan génétique, donc il y a une base génétique pour la résistance. Nous sommes maintenant capables d’identifier ces huitres pour prédire lesquelles vont survivre et lesquelles vont mourir. Tout ça va nous aider à développer une souche plus résistante », avance-t-il.
Leurs expériences se poursuivent avec la mise à l’eau d’un autre groupe d’huitres. Il estime que ces souches de cette deuxième année d’expérimentation pourraient déjà avoir un taux de survie de 50 pour cent d’ici 2027. Martin Maillet pensait initialement atteindre de tels résultats après cinq années de recherche, alors cette résistance rapide représente une lueur d’espoir pour l’industrie.
« Mais peu importe, il va avoir des années difficiles au niveau global pour l’industrie au Nouveau-Brunswick. Mais je pense qu’elle va être capable de se relancer beaucoup plus vite que prévu », conclut-il.